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Origines de la crise : mais pourquoi, pourquoi…?

Article extrait du site reflets.info

 Origines de la crise : Episode 1 – Comment boire du Coca-Cola rend plus fort (et peu fada aussi).

Ah les lecteurs sont tenaces et demandent des comptes : ils ont raison. Parce qu’après tout c’est bien beau de se la jouer à expliquer « comment qu’on en est arrivés là », mais sans donner les motivations et le pourquoi, c’est moins bien. Surtout au vu du résultat actuel, pas franchement ragoutant. Enfin pas pour tout le monde, comme nous finirons par le voir.

Un peu d’histoire : il était une fois un petit moustachu très hargneux…

…qui avait décidé d’envahir l’Europe, voir le monde, et qui, après avoir massacré plus de 6 millions de personnes de façon industrielle a fini par se prendre une magistrale dérouillée (administrée par les boy’s dont les ancêtres avaient eux-mêmes massacré quelques millions d’indigènes qui n’avaient rien demandé, ainsi que par les buveurs de Vodka qui avaient eux aussi pas mal de morts déportés en Goulag, mais la contradiction n’étouffe personne en ce bas monde). Bien entendu, à la presque fin de cette immonde période (qui avait été en grande partie causée par une crise boursière et bancaire étatsunienne débutée en 1929, crise qui avait plongé le vieux continent dans la récession et permis au moustachu hargneux d’accéder au pouvoir dans son pays), l’économie occidentale était dans un état un peu bizarre. C’est donc là, en 1944, à Bretton Woods (USA) qu’un « super plan économique » des nations alliées (44 en tout, plus les Russes en planque) se prépare. Le fameux Keynes (buveur de thé et mangeur de viande bouillie au jus de menthe et tartinée de confiture de groseille, un british quoi) a planché dessus comme un dingue depuis quelques années et il a un truc sacrément cool à proposer : le bancor. Whaaaaaa ! Trop bien ! Mais c’est quoi ? Un étalon monétaire international fondé sur une réserve qui ne serait pas nationale. En face de Keynes, un challenger venu du pays des chercheurs d’or et de pétrole, les rois du massacre d’indiens : White. Les deux férus d’éco devaient bossser ensemble le plan mais n’étaient pas tout à fait d’accord. Le White, lui, le bancor ça le branchait pas trop, il avait en tête un autre plan beaucoup plus avantageux pour son pays : définir toutes les monnaies en dollar et indexer seulement le dollar sur l’or. Ca donne la création du Gold-Exchange Standard. Le dollar devient LA monnaie de référence. White : 1-Keynes : 0.

Mais pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi qu’ils font ça en 44 ?

Il faut bien comprendre un truc : à ce moment précis, la quasi totalité de la réserve mondiale d’or est aux USA. Parce que tous les Etats alliés ont déposé leurs stock en garantie pour s’acheter de quoi mater le moustachu (pas mal de gros canons). En gros, avec cette accord les States se proclament Banque Centrale Mondiale pour restructuration des dettes. Parce que ce sont eux, les ricains qui ont prêté à tout le monde, et tout le monde s’est endetté envers eux, en or. Et que, comme l’or il est aux USA, ben on oblige tout le monde à rembourser…en dollar et en biens d’investissement. C’est à ce moment que va se créer le FMI et la BIRD (futur Banque Mondiale) et que tous les accords ultra-favorables à l’économie américaines (et européennes) aussi vont être mis en place.

Pourquoi ça marche super bien 25 ans et pourquoi Nixon change le système ?

Nixon ne s’est pas réveillé un matin en se disant, entre la tartine et le rasoir électrique : « tiens, et si je supprimais la convertibilté du dollar en or, puis si je passais d’un système monétaire à taux de changes fixes à un taux de changes flottants ? » Non, non. Pour comprendre pourquoi Nixon et ses boys se sentent obligés de faire ça, il faut reprendre juste un peu le cours des 25 ans passés et voir comment ça a évolué depuis 44. En fait, après Bretton Woods, les affaires marchent bien au pays du BurgerKing : personne ne peut plus rembourser en or, donc tout le monde doit rembourser en exportations de biens d’investissements et de services ou en dollars. Et les ricains, malins, ils ré-exportent la valeur ajoutée (des biens d’investissements qu’on leur a filé comme remboursement), avec une plus-value au passage. Il y a quand même aussi plein de règles avantageuses créées par le FMI pour permettre aux pays d’Europe (surtout) de reconstruire tout le bazar laissé par le moustachu en ayant des balances commerciales excédentaires. Tout va pour le mieux, ça roule au poil. Mais au tournant des années 60, l’Europe (du Nord) a une économie plus performante que celle des USA. Et qu’est-ce qu’ils font en Europe ? Et bien ils créent de la monnaie en achetant en dollars, de l’or de la réserve fédérale américaine ! Suivez mon regard : les ricains ne sont plus crédibles en tant que Banque Centrale du Monde, leur or est en train d’être racheté à toutes berzingues par le vieux continent ! Solution de Nixon après avoir bien réfléchi (35 séances de rasage au moins) : on suspend la convertibilité du dollar en or en 1971, et hop l’affaire est entendue. Mais comme il est un peu absurde de conserver un taux de change fixe avec cette nouvelle donne (normal puisque la monnaie de référence n’est maintenant plus indexée sur l’once d’or, difficile d’avoir un taux fixe), et bien on déclare la fin des taux de change fixes et on balance les taux de change flottants en 73. Le prix de l’or est alors libre dans n’importe quelle monnaie. On peut aussi gagner beaucoup d’avantages financiers avec ce nouveau système pour peu qu’on soit un pays avec une économie dynamique et de bonne taille : les créanciers internationaux vont aller vers ces pays aux monnaies bien « soutenues », et comme il n’y a plus de règles, qu’on est désormais dans l’offre et la demande…c’est le panard. Dans un bordel noir, parce que depuis, il n’y a plus aucun système monétaire international organisé. Et un panard quelque peu mitigé puisqu’à force d’avoir acheté de l’or américain pour émettre de la monnaie, l’inflation était devenue galopante dans les 70′s. Mais un gros panard quand même, parce que côté ricain, on peut plus vous piquer votre or, votre monnaie est toujours la monnaie de référence dans laquelle tout le monde s’endette et vous pouvez emprunter vous même comme des dingues à des marchés libérés de toute contrainte, et emprunter à vous même en fait, si vous en avez envie. Elle est pas belle la vie ? Si, très belle, mais c’est pourtant à partir de ce moment précis que les crises (boursières, monétaires, économiques) futures, dont celle des subprime suivie de celle des dettes souveraines prennent naissance. Avec quelques superbes décisions absurdes et ultra-dangereuses au cours des 40 années suivantes dont nous parlerons dans le prochain épisode.

Auteur de l’article : Yovan Menkevick (Reflets.info)

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